C’est un secret de Polichinelle que l’intégration économique et politique de l’Afrique figure au coeur des préoccupations de nos Chefs d’Etat et de Gouvernement. Toutes les réflexions et tous les débats autour des dirigeants et chercheurs africains en constitue une preuve assez édifiante. Réussir l’intégration dans le concert des Nations s’impose désormais à l’Afrique comme une devise. Si jusqu’à ce jour beaucoup a été fait par le leadership africain pour résoudre cette équation à plusieurs inconnues, il est également admis que beaucoup reste à faire à la lumière des résultats mitigés acquis en matière d’intégration régionale et continentale.

Pour réussir son intégration économique et politique, l’Afrique a besoin de se nourrir des idées de tous ses fils et filles.

POURQUOI UNE MONNAIE UNIQUE ?

Toutes les études et réflexions des économistes africains confirment que sans une monnaie unique, l’intégration monétaire en Afrique, encore moins dans des groupements des pays africains, serait inachevée et non viable.

Le rôle de la monnaie dans la création de la valeur ajoutée met en exergue la nécessité d’une période de transition où l’harmonisation, la convergence, l’amélioration de la compétitivité des entreprises africaines, la meilleure gouvernance des affaires publiques et le commerce intra régional doivent retrouver leur fonction première. La monnaie doit assurer son rôle d’intermédiation et d’équivalent général sans devenir une contrainte nouvelle. Les institutions monétaires, elles aussi, organisées de manière parcellaire entre les zones francophones, anglophones et lusophones doivent être reconsidérées à la lumière de la recherche d’une efficience collective de l’économie régionale.

A l’instar des expériences de l’Union monétaire européenne, la formation des espaces monétaires africains devrait passer par une période de transition avec des harmonisations et des convergences au niveau sous-régional. Ainsi la monnaie d’une future union monétaire devra servir d’une part, à faire progresser la production et les échanges inter-régionaux, et d’autre part à faciliter, sans manque à gagner, les échanges extra-régionaux. Il est donc urgent d’aboutir à un consensus sous-régional et continental sur l’avènement d’une monnaie de compte qui sera aussi une monnaie de référence. A ce titre, la monnaie de référence dans un premier temps pourrait être celle d’une pondération d’un panier de monnaies basées sur les trois monnaies des principaux partenaires internationaux.

LA MONNAIE UNIQUE CEDEAO

L’idée de la monnaie unique CEDEAO est née depuis les années 80 suite à la Décision A/DEC/6/5/83 de la Conférence des Chefs d’Etats et de Gouvernement du 6 mai 1983. Depuis cette date, les efforts entrepris par le CEDEAO pour la création de cette monnaie unique à l’horizon 2000, n’ont pas porté leurs fruits.

C’est fort de ce constat que les Autorités de la Communauté ont alors reconsidéré la stratégie d’une convergence d’ensemble et opté pour une stratégie d’approche accélérée ou « fast track » en matière d’intégration monétaire. Cette approche accélérée a conduit à la création de la seconde zone monétaire, la Zone Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) en décembre 2000 qui regroupe, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Leone. Par la suite, l’Institut Monétaire de l’Afrique de l’ouest (IMAO) a été créé en janvier 2001 afin de superviser la mise en oeuvre du projet de la ZMAO avant décembre 2003. La zone monétaire unique de la CEDEAO devrait en effet être le fruit de la fusion de la ZMAO et de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

CRITERES DE CONVERGENCE INSTAURES

Il convient de noter que les critères de convergence qui avaient été retenus ont connu une évolution à travers l’Acte additionnel A/SA.01/12/15 du 16 décembre 2015. Dans le but d’accélérer la création de la monnaie unique, six (06) critères ont finalement été maintenus en lieu et place des 11 initialement retenus.

Il s’agit de :

Quatre critères primaires de convergence (critères de premier rang)

  • Le déficit budgétaire (y compris les dons et sur la base des engagements) /PIB ≤3% ;
  • L’inflation annuelle moyenne ≤10% avec un objectif à long terme ≤5% en 2019 ;
  • Financement du déficit budgétaire par la banque centrale ≤ 10% des recettes fiscales de l’année précédente ;
  • Les réserves brutes ≥ 3 mois d’importations. 

Deux critères secondaires (critères de second rang)

  • Dette publique / PIB ≤ 70%
  • Variation des taux de change nominaux ±10%

Les Etats membres poursuivent leurs efforts en vue du respect des normes relatives aux critères de convergence par la mise en oeuvre des politiques, des programmes, des actions et/ou mesures. Mais les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes en raison des chocs aussi bien internes qu’externes auxquels ceux-ci sont confrontés et sur lesquels ils ont peu de pouvoir de contrôle.

La croissance économique par pays des Etats membres de la CEDEAO fait ressortir selon le rapport de convergence 2016 de la CEDEAO, des disparités multiformes.

MONNAIE UNIQUE : REVE OU REALITE ?

Une effervescence vers la concrétisation de cette noble ambition qu’est le projet portant création de monnaie unique dans l’espace CEDEAO est actuellement au coeur des débats politiques et économiques avec des avis divergents.

C’est en effet, la réalisation de cette vision qui explique la tenue de la 5ème réunion de la Task Force sur le programme de la monnaie unique de la Communauté, le 19 février 2018 à Accra au Ghana.

Le Président de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, SEM Faure Essozimna GNASSINGBE, qui y a participé activement au coté de ses pairs, a saisi l’opportunité pour manifester sa solidarité et son soutien aux efforts déployés par la Task force présidentielle en vue d’accélérer le processus d’intégration monétaire initié il y a trente (30) ans, suite à l’adoption du Programme de Coopération monétaire en juillet 1987. Il a assuré de son engagement personnel et celui de son pays le Togo pour appuyer les efforts pour la réalisation de l’union économique et monétaire de la CEDEAO, qui constitue l’un des rêves des Pères Fondateurs de l’organisation communautaire.

A cet égard, il a estimé que les Etats doivent mutualiser leurs efforts et moyens pour réaffirmer leur engagement de construire une union monétaire crédible en vue de réaliser ce rêve des Pères Fondateurs.

La réunion a adopté le rapport de la réunion du Comité ministériel, incluant les Gouverneurs des Banques centrales. Désormais, la Communauté dispose d’une feuille de route révisée de programme de la monnaie unique prévu en 2020. Les décideurs ont solennellement réaffirmé leur engagement politique à réaliser la monnaie unique CEDEAO en 2020. Ils ont également réaffirmé leur engagement à ratifier et à mettre en oeuvre tous les protocoles y afférent ; ils ont également réaffirmé l’approche graduelle privilégiant un démarrage avec les pays qui respectent les critères de convergence tandis que les autres pourront s’y joindre postérieurement. Aussi, ont-ils réaffirmé leur ferme engagement à financer le programme de la monnaie unique par les Etats membres et leurs banques centrales. Ils ont également, à l’occasion, invité le Comité des gouverneurs et le Conseil de convergence à tenir des rencontres trimestrielles sur l’état de mise en oeuvre des activités retenues et à lui rendre régulièrement compte lors des sessions semestrielles.

Il y a lieu, toutefois de retenir que la réalisation du projet de la monnaie unique de la CEDEAO peut renfermer des avantages énormes au grand bénéfice des populations et ouvrir la voie du développement.

Source :
Article publié dans DiploMag n°16 écrit par Dr. Garba LOMPO, Représentant Permanent de la commission de la CEDEAO au Togo