Au cours d’une conférence de presse au côté de son homologue ivoirien Alassane Ouattara, le chef de l’état français Emmanuel Macron a estimé que le colonialisme fut une faute de la république. Il a appelé à un partenariat d’amitié et une profonde réforme du franc CFA qui devrait être remplacé par l’Eco.

Pendant la conférence de presse du 21 décembre dernier, le président ivoirien avait quant à lui déclaré :

« Nous avons décidé de faire une réforme du franc CFA avec les trois changements majeurs suivants : tout d’abord, le changement du nom de la monnaie du franc CFA à l’Eco. Deuxièmement, l’arrêt de la centralisation de 50 % de nos réserves de change au trésor français et la fermeture du compte d’opérations. Troisièmement, le retrait des représentants de la France et de tous les organes de décision et de gestion de l’UEMOA ».

Né en 1945 le français CFA ou franc de la communauté financière est depuis un certain temps l’objet d’un désaveu de la part de la population africaine et est vu comme une relique de la France-Afrique. Jugé trop coûteux par le président français, il avait annoncé depuis le début de son mandat sa volonté de créer une nouvelle relation avec les ex-colonies françaises. Mais dans les faits que signifie vraiment ce changement ?

Le compte d’opération actuellement hébergée à la Banque de France sera supprimé. L’État français ne sera plus co-gestionnaire désormais, mais plutôt garant d’une parité fixe avec l’euro. C’est-à-dire, si un pays africain emprunte à la France, le taux de remboursement et fixe, mais son taux reste aligné sur l’Euro. Ce qui signifie que sa garantie de conversion sera toujours assurée par la France.

C’est une annonce qui semble la bienvenue pour les pays de l’UEMOA à quelques jours du soixantième anniversaire des indépendances. Désormais, la banque centrale des états d’Afrique de l’Ouest n’aura plus, comme c’est le cas depuis l’après-guerre, l’obligation d’aller parquer la moitié de ses réserves auprès du trésor public français.

Mais pour certains cette décision n’est vraiment que symbolique. Parce que la parité fixe avec l’Euro est conservées et que cette indexation reste une contrainte. Un euro aujourd’hui cela vaut 656 francs CFA et il vaudra 656 Eco. Certains économistes des pays de l’UEMOA souhaiteraient arrêter cette parité fixe pour laisser flotter la monnaie, car une monnaie qui monte et qui descend reste une norme de compétitivité.

Quid d’une monnaie unique au sein de l’Afrique de l’Ouest ?

Si cette réformer reste une bonne nouvelle, il y a encore de nombreuses inconnues et incertitudes à son propos. Le revirement du Président Ouattara à propos de cette réforme alors qu’en février 2019 il la qualifiait de faux débats et l’absence de précisions sur les arbitrages qui l’ont convaincu d’accepter cet accord lui ont d’ailleurs valu de nombreuses critiques sur le continent africain.
Il serait même question d’une monnaie eco au-delà de l’Afrique francophone incluant le Ghana, le Nigeria et les pays membres de la CEDEAO. Serait-on proche de l’établissement de la monnaie unique dont nous parlions précédemment et dont l’échéance de 2020 a été confirmée par la task force de la CEDEAO ?

Affaire à suivre de très près.