Les pays de la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) ont la ferme intention de mettre en place une monnaie unique, l’Eco, d’ici à juillet 2020. Cette initiative, dont seul le Togo semble respecter les règles de convergence à ce jour, se heurte à la réticence de certains pays anglophones qui ne partagent pas le franc CFA. Il s’agit notamment du Nigéria, qui représente, à lui tout seul, 70% du PIB des pays de la communauté Ouest Africaine. Plus de détails dans la suite de cet article.

Eco : de quoi parle-t-on ?

L’espace communautaire Ouest Africain, CEDEAO, compte 15 pays membres et huit monnaies différentes, pour un PIB estimé à près de 630 milliards de dollars et une population de plus de 350 millions de personnes. Afin de mutualiser leurs moyens monétaires, les pays de la CEDEAO ont donc décidé d’adopter l’Eco, une monnaie unique qui viendrait remplacer le franc CFA, en plus des sept autres devises en circulation dans cette zone. La feuille de route de cette monnaie unique avait été validée à Accra il y a presque 2 ans maintenant.

Le projet d’une monnaie unique Ouest Africaine simplifiera grandement les échanges économiques intra régionaux, mais se heurte toutefois aux réticences de certains pays anglophones de la zone. A la tête desquels, le Nigéria… Le plus grand pays de la CEDEAO, à la fois en matière de démographie et d’économie, bloque pour l’instant le passage à l’Eco. Les raisons invoquées ont trait, à priori, à un manque de préparation technique, mais aussi de convergence économique.

Nigéria : les raisons d’un blocage

De l’avis de l’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, « le Nigeria, vu son poids démographique, vu son poids économique, n’acceptera jamais d’aller vers une union monétaire s’il n’est pas aux commandes. S’il accepte d’aller vers cette monnaie unique-là, il va être le patron de la monnaie unique. Cela veut dire que la politique monétaire et la politique des changes vont d’abord et avant tout refléter les préoccupations du Nigeria qui sont celles d’un pays producteur de pétrole ».

Pour comprendre les réticences du Nigéria et des autres pays anglophones de la région, il faut savoir que les pays de la CEDEAO utilisent huit monnaies différentes. Les huit pays de l’UEMOA, l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine, qui inclut le Togo, utilisent le franc CFA. Les sept pays restants, dont le Nigéria, utilisent chacun leur propre monnaie. Conséquence logique : ces différentes monnaies ne sont pas convertibles, ce qui complique les échanges économiques intra régionaux. D’où le projet de l’Eco, initialement.

Convergence Eco : le Togo bon élève

Jusqu’à présent, seul le Togo semble respecter les critères de convergence pour l’adoption de l’Eco. C’est ce qui ressort des conclusions de la réunion du Comité des ministres des finances et gouverneurs des banques centrales des pays de la CEDEAO, une rencontre qui a traité des avancées de l’adoption de l’Eco. De l’aveu de Zainab Ahmed, ministre Nigériane des finances, du budget et de la planification, le Togo est le pays le plus avancé de la région en matière de convergence de la future monnaie unique. En effet, le pays répond à la plupart des critères de convergence fixés par la CEDEAO, notamment un régime de change flexible et la collaboration intra-communautaire. Au vu de ce constat, il est fort probable que la date de mise en place de l’Eco soit reportée au-delà de la date initialement prévue (juillet 2020).

Rappelons que les critères de convergence macroéconomiques de la CEDEAO sont (pour les critères de premier rang) : un ratio déficit budgétaire rapporté au PIB inférieur à 3%, un taux d’inflation annuelle inférieur à 10%, des réserves brutes pouvant couvrir à minima 3 mois d’importation. Les critères de second rang sont : un ratio dette/PIB inférieur à 70%, un taux de change maîtrisé avec une variation du taux de change nominal ne dépassant pas un seuil de + ou – 10%.